« L’iPhone est un vrai couteau suisse pour les personnes aveugles »

L’iPhone a changé la vie de Matt, aveugle de naissance.

Pour le travail, les loisirs, la vie de tous les jours, le smartphone est devenu un compagnon indispensable qui lui a permis de gagner une autonomie appréciable au quotidien.

Matt est né en 1982 à Bordeaux. « J’ai mis les mains sur mon premier ordinateur sous MS-DOS en 1993, celui-ci était relié à un appareil braille (bloc-notes) avec un câble série », se rappelle-t-il. Puis viennent les téléphones portables, et notamment ce modèle de chez Philips sur lequel il a dû apprendre par cœur l’arborescence des menus et le nombre de pression sur les flèches pour changer la sonnerie ou pour baisser le volume!

Le premier smartphone de notre lecteur a été le N70, un appareil Nokia sous Symbian qui pouvait parler grâce à Talks, un lecteur d’écran qu’il fallait installer… avec l’aide d’une personne voyante. Davantage d’autonomie donc, mais il fallait encore un coup de main. Malgré tout, les progrès sont notables: « J’avais enfin accès à un carnet d’adresses, une alarme que je pouvais régler tout seul et surtout à l’envoi de SMS: trop cool, j’étais le roi du pétrole avec ça! ».

Puis ce fut 2007 et le lancement de l’iPhone. Un appareil avec « de belles perspectives », mais aussi un écran tactile « sans relief, sans repères, sans touches »: en résumé, un bel appareil, mais « inaccessible ». Le déclic est venu un peu plus tard, en 2009, après que Yannick, le podcasteur de Cecitek, a acheté un iPhone 3GS et enregistré des épisodes de son émission sous forme de didacticiels pour se familiariser à l’utilisation de l’appareil.

Emballé, Matt décide de franchir le pas… tout en conservant son Nokia E71 de l’époque pour effectuer la transition en douceur. « Il m’a fallu quelques semaines pour abandonner définitivement les smartphones à touches. Apple avait vraiment bien fait les choses: une synthèse vocale avec une voix de qualité et facilement réglable, sur cet écran tout lisse et doux au toucher, incroyable! ». L’iPhone s’est rapidement imposé dans son quotidien, aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle.

Vous ne pouvez pas vous imaginer la joie de pouvoir aller dans un magasin classique comme tout le monde, acheter un produit standard, le sortir de sa boîte et pouvoir l’utiliser sans adaptation, sans aide d’une tierce personne, de manière complètement autonome! Plus de logiciel tiers à acheter les yeux de la tête, plus de manipulations compliquées à effectuer, plus de formations coûteuses. On achète, on déballe et on utilise même sans les yeux: c’est aussi simple que ça.

Aujourd’hui, Matt utilise un iPhone SE de première génération, car le petit écran est très pratique à manipuler d’une main: « Trouver les icônes et autres éléments d’interface est d’ailleurs plus facile sur un petit écran: je préfère largement mon iPhone à l’iPad Pro de ma femme qui est pourtant tout aussi utilisable mais moins rapide au quotidien ».

VoiceOver, la voix à tout faire

VoiceOver est la pierre angulaire de l’accessibilité pour les personnes malvoyantes et non voyantes. L’option, accessible dans les réglages « Accessibilité », nécessite un peu de pratique quand on est habitué à la manipulation tactile classique de l’iPhone. On peut toutefois s’y essayer sans risque, en attribuant l’activation de VoiceOver au bouton d’accueil ou au bouton latéral de l’iPhone: « Réglages », « Accessibilité », « Raccourci accessibilité », puis sélectionnez l’option VoiceOver.

L’activation VoiceOver sera effective en cliquant trois fois sur le bouton (la même manipulation pour désactiver la fonction). « Une fois l’utilisation de VoiceOver appréhendée, nous sommes aussi rapides que les voyants pour se servir de toutes les fonctions », explique Matt. Les manipulations de base sont les suivantes:

  • VoiceOver lit ce qu’il y a sous le doigt (texte, icônes…);
  • Pour valider une action après la lecture de VoiceOver, il suffit de tapoter deux fois n’importe où sur l’écran;
  • Pour se déplacer dans l’interface, il faut effectuer des balayages brefs de la gauche vers la droite pour aller à l’élément suivant, ou inversement pour revenir en arrière;
  • Le défilement de l’écran vers le bas s’effectue avec un balayage à trois doigts vers le haut;
  • Sur l’écran d’accueil, pour passer d’une page à l’autre, il faut balayer à trois doigts vers la gauche ou vers la droite.

Pour en savoir davantage sur VoiceOver et plus généralement sur l’aide apportée par les appareils électroniques, on te conseille de visiter Edencast, une plateforme dédiée à l’autonomie des déficients visuels francophones.

Avec l’aide de VoiceOver, l’iPhone devient un appareil « 100% accessible »: « Je l’utilise comme tout un chacun dans mon quotidien pour de multiples tâches tant dans ma vie personnelle que professionnelle, avec ce petit plus qui fait qu’il me fait gagner en autonomie: c’est un vrai couteau suisse pour aveugles ».

L’iPhone au travail

Matt est masseur-kinésithérapeute. Durant sa journée de travail, le smartphone est tout à la fois un ordinateur, un carnet de notes et un stylo professionnel, toujours disponible dans sa blouse. « Arrivé à l’hôpital, je me connecte au réseau Wi-Fi du C.H.U. et à ma boîte mails professionnelle que les informaticiens m’ont configurée (c’est un compte Exchange) ». De la sorte, il peut consulter de manière autonome « les messages de l’ordre national des kinés, des mémoires ou travaux d’étudiants en kiné pour pouvoir les corriger ».

Les prescriptions médicales des patients sont enregistrées par des collègues sur un dictaphone numérique Olympus (en l’occurrence un modèle LS-14 lui aussi vocalisé). « Comme tout soignant, je dois inscrire mes bilans diagnostic kiné dans le dossier patient. L’iPhone est encore là pour ça ». L’application Notes arrive à la rescousse: « je rédige une note pour chaque nouveau patient, note sur laquelle je peux revenir pour ajouter des observations chaque semaine en fonction de l’évolution du patient ».

Les bilans sont envoyés par courriel sur l’ordinateur du bureau afin d’être imprimés avant la sortie du patient et l’ajouter au dossier papier. À l’hôpital, Matt travaille également avec un iPad mini et une application métier qui lui permet d’accéder — en lecture seule pour le moment — aux observations médicales des patients. « Si j’ai une question spécifique ou un renseignement à demander à un médecin, il me suffit de chercher son numéro professionnel dans l’app Contacts de mon iPhone plutôt que de demander sans cesse à quelqu’un de me chercher l’information ».

Avec iOS 9, l’iPhone 4s a apporté une petite révolution dans la saisie de texte: un nouveau mode de saisie braille a fait son apparition, il permet d’écrire avec six doigts sur l’écran du smartphone. « Plus besoin de chercher les lettres sur le clavier virtuel AZERTY ou de connecter un clavier Bluetooth ou une plage braille. On peut écrire debout, au pied du lit du patient, très rapidement nos observations comme un kiné voyant sur un carnet: c’est extrêmement souple », explique Matt.

Par ailleurs, la discrétion est assurée grâce aux écouteurs et à la fonction de masquage de l’écran (il faut taper trois fois rapidement avec trois doigts sur l’écran).

Les applications qui facilitent la vue

Sorti de sa boîte, l’iPhone est déjà un excellent partenaire de vie pour les personnes malvoyantes ou non voyantes. Mais de nombreuses applications sont aussi disponibles pour compléter les fonctionnalités de base du smartphone et aider l’utilisateur dans sa vie quotidienne. Matt nous en présente quelques-unes.

« BlindSquare [43,99 €] m’indique la distance et la direction vers mes points d’intérêt favoris: maison, boulangerie, travail, banque, etc. » Cette application s’appuie sur les outils de localisation de l’iPhone pour y repérer les points d’intérêt de Foursquare. Elle décrit les endroits intéressants autour de soi, en donne la direction, elle peut même dire le menu d’un restaurant si l’information est disponible.

« Quand je reçois du courrier, Voice Dream Scanner [6,99 €] me permet de photographier l’enveloppe et la lettre pour me la lire. Il existe des supports dans lesquels placer l’iPhone précisément au-dessus d’une feuille pour scanner précisément sans bouger ». Le moteur de reconnaissance d’écriture de cette application se double d’une intelligence artificielle pour détecter le texte y compris en cas de luminosité faible. Le tout est réalisé en local, sans connexion à internet.

Du même éditeur, « Voice Dream Reader [10,99 €] lit des livres numériques dans un format accessible depuis la bibliothèque d’une association pour déficients visuels ». L’app prend également en charge tout type de documents PDF, Word, RTF, Google Docs, Pages, texte brut, articles web, et même des e-books sans DRM comme nos ouvrages! Voice Dream Reader lit à haute voix le contenu d’un e-book.

Autre manière de lire un livre avec Voice Dream Reader: « en reliant l’iPhone à une plage braille, je peux lire en braille, sans l’audio ».

« L’appli Seeing AI [gratuit] de Microsoft me permet également d’identifier les billets de banque dans mon portefeuille: utile pour donner le bon billet au commerçant sur le marché par exemple ». Cette app, qui s’appuie sur l’intelligence artificielle, « raconte le monde qui vous entoure », selon Microsoft.

Seeing AI voit plus loin que les billets de banque: l’application décrit les personnes, le texte et les objets à proximité. « Le midi, si je ne veux manger qu’une seule des deux compotes que j’ai prises avec moi, elle peut me dire les parfums, pêche ou fraise, pour que je puisse choisir ». L’application intègre aussi un détecteur de lumière avec un retour sonore pour vérifier que les volets et les lumières de la maison sont bien fermés et éteintes.

… et le parfum des compotes!

Seeing AI sait également analyser les code-barres pour obtenir les informations sur l’emballage d’un produit, et elle enregistre les visages des personnes, ce qui lui permet de les reconnaitre plus tard. L’app peut même donner une idée de leurs émotions!

« Grâce à Voxiweb [gratuit], j’ai accès au web de manière facilité ». Ce service permet de consulter une trentaine de sites web en version parlée: courriels et presse, mais aussi Spotify, YouTube, Eole, Google Agenda, Wikipedia, des recettes de cuisine, Gmail… « Voxiweb permet également d’accéder au moyen d’un abonnement aux différentes chaînes de TV et aux replays: eh oui, l’iPhone est aussi ma télé ». Le tout dans une interface optimisée pour l’iPhone, ainsi que depuis le web. Si l’app est gratuite, l’abonnement annuel est facturé 99 € (les 30 premiers jours sont offerts).

« Be My Eyes [gratuit] est une application collaborative qui permet de mettre en lien des bénévoles voyants et des personnes aveugles pour de l’entraide en visio ». Le principe de cette app est malin: les personnes non voyantes peuvent demander du soutien à la communauté pour lire des étiquettes, assortir des vêtements, mettre en place des appareils électroménagers… Si une question est trop compliquée, une entreprise partenaire peut prendre le relais. Be My Eyes compte plus de 3 millions de bénévoles.

« Twavox [gratuit] me permet de profiter du cinéma à Limoges avec sa fonction d’audio-description ». L’app synchronise la diffusion audio par rapport à l’image projetée dans la salle: « après s’être connecté au Wi-Fi du cinéma, on lance l’appli avec un casque connecté à l’iPhone et on a la voix off qui nous décrit les scènes visuelles ». Twavox offre aussi un renforcement sonore et la lecture des sous-titres pour les malentendants. Le site de l’éditeur permet de savoir si le cinéma près de chez soi propose cette fonction.

De nombreux programmes sont disponibles en audio-description dans Netflix, ainsi que dans Apple TV+.

Il ne faut pas non plus négliger les fonctions d’accessibilité intégrées au sein d’applications grand public: Netflix propose plusieurs programmes avec une fonction de description des scènes. « Il suffit de taper le mot audio-description dans le champ de recherche de l’application ». Au passage, c’est également le cas pour la grande majorité des contenus d’Apple TV+. Pour Prime Video, malheureusement c’est généralement l’audio-description en anglais qui est disponible.

VoiceOver peut également servir à lire les sous-titres dans une vidéo.

Matt décrit un usage intéressant pour FaceTime: « on peut transformer l’iPhone en œil magique: si j’ai un courrier confidentiel dont je souhaite prendre connaissance et que mon épouse n’est pas là, j’appelle quelqu’un de confiance en FaceTime et le tour est joué ». Pourquoi ne pas utiliser une app OCR? « FaceTime est plus pratique pour lire un document à la volée, car les apps de reconnaissance d’écriture nécessitent un cadrage parfait du document pour bien fonctionner. Si je veux ne rater aucune petite ligne, mieux vaut toujours une aide humaine, on ne sait jamais ». Apple Pay est aussi mis à contribution: « j’évite de sortir ma carte et demander à la caissière à quel moment je peux taper mon code ».

Notre propre application iGeneration est compatible VoiceOver: Laurent, notre développeur émérite, a travaillé avec plusieurs utilisateurs non voyants pour améliorer la prise en charge de la fonction de lecture audio d’iOS.

Source: iGeneration