Huit questions sur l’achat de smartphones reconditionnés

Conseils pour profiter de tarifs contenus sans prendre trop de risques, tout en préservant la planète.

Leurs publicités sont partout, et les reconditionneurs réalisent en 2020 de spectaculaires levées de fonds, à l’image de Backmarket ou Certideal. Les Français soucieux d’économiser de l’argent et de préserver la planète sont désormais tentés par leurs offres: acheter des smartphones déjà utilisés, mais remis en état. Un type d’achats qui représentaient environ 10 % des achats de mobiles en 2017 en France, selon l’institut de sondage IFOP, mais qui a vraisemblablement augmenté depuis.

Un smartphone reconditionné est un mobile usagé, qui a été contrôlé et réparé si nécessaire, avant d’être remis en vente. Sa mémoire a été effacée et il a été débloqué pour pouvoir fonctionner sur tous les réseaux téléphoniques.

Les fabricants de smartphones ayant peu innové ces dernières années, ces modèles vieux de deux à trois années peuvent constituer des choix intéressants, à condition de parvenir à déjouer les pièges des vendeurs. Nous avons passé une douzaine de spécialistes du reconditionnement au crible, voici ce qu’il faut savoir.

Les prix sont-ils intéressants?

Ils sont souvent 5 % à 20 % supérieurs aux tarifs de l’occasion traditionnelle. L’iPhone 7 par exemple peut être déniché à partir de 150 euros sur le site Leboncoin au moment où nous écrivons ces lignes, mais pas en dessous de 170 euros chez des reconditionneurs. Le Samsung S10 se dégote à partir de 420 euros d’occasion contre 440 euros chez Recommerce, BackMarket, Yes-Yes et autres.

Ce surcoût paraît justifié dans le cas où le reconditionneur fait bien son travail en assurant notamment une garantie minimale de six mois comme l’exige la loi, par le biais d’un SAV de qualité. L’achat d’un mobile reconditionné est ainsi plus rassurant que celui d’un mobile d’occasion car le paiement est sécurisé et la livraison gratuite dans la plupart des cas.

D’un modèle de smartphone à l’autre, l’écart entre le prix neuf et le reconditionné varie, lui, beaucoup, passant parfois sous la barre des 20 % d’écart de prix. Dans ce cas, on peut préférer acheter neuf pour bénéficier d’une batterie en meilleur état, d’une étanchéité garantie, de pièces et d’accessoires d’origine, etc.

Par ailleurs, il convient de vérifier le tarif réel des mêmes modèles de smartphones achetables neufs. Certains modèles lancés récemment peuvent encore être achetés à des tarifs moins élevés que leur prix de lancement. Or, beaucoup de reconditionneurs indiquent, de façon pas très honnête, le prix de lancement à côté du prix reconditionné qu’ils proposent: cette comparaison n’a parfois pas lieu d’être.

Neuf, ce smartphone ne coûte plus que 420 à 500 euros selon les marchands. Son tarif reconditionné n’est pas très intéressant, malgré la trompeuse étiquette -25 % affichée sur le site de BackMarket.

Le choix est-il vaste?

La plupart des reconditionneurs se concentrent sur les deux marques les plus vendues, Samsung et Apple, et écoulent leurs modèles les plus populaires sortis il y a au moins un an. On ne trouve cependant pas toujours la couleur ou la capacité de mémoire que l’on convoite. Beaucoup de reconditionneurs proposent donc de laisser son adresse mail pour être alerté en cas de disponibilité.

Pour bénéficier d’un choix plus vaste, il faut s’aventurer sur les places de marché qui accueillent sur leurs rayonnages virtuels les smartphones reconditionnés par des centaines de sociétés basées partout dans le monde, moyennant commission, tels Neracomputers (Roumanie) ou Youbuy (Chine). On y trouve beaucoup plus de marques et notamment des fabricants chinois reconnus pour leur rapport qualité-prix. Les places de marché parviennent également à proposer des smartphones plus récents sortis il y a quelques mois à peine.

Dans quel état sont ces mobiles?

Très variable, et c’est un point à surveiller attentivement. La plupart des marchands offrent le choix entre trois « grades esthétiques »:

  • Le premier, le plus cher, est proche de l’état neuf, quelques petites rayures discrètes peuvent toutefois subsister sur l’écran et la coque;
  • Le second niveau peut présenter des rayures bien visibles cette fois-ci, ainsi que de petites imperfections;
  • Le troisième grade regroupe des mobiles plus abîmés, dont les angles peuvent être cabossés ou la peinture écaillée. Néanmoins, même ces mobiles-là sont censés être parfaitement fonctionnels: seule leur apparence est en principe dégradée.

Mais quand les composants d’un smartphone doivent être réparés – que son écran ou son haut-parleur doit être changé par exemple –, il arrive aussi que certains reconditionneurs remplacent les pièces cassées par d’autres de qualité inférieure, par soucis d’économie ou par manque de compétences.

Réussir à approvisionner de bons composants est un art délicat, surtout pour les mobiles Apple, puisque la marque ne vend pas ses pièces aux reconditionneurs. Ces derniers n’employant pas les mêmes termes ni les mêmes critères, nous vous recommandons d’étudier en détail la terminologie de chacun.

D’où viennent-ils?

Les sources d’approvisionnement sont très variées: certains smartphones à peine déballés ont été renvoyés immédiatement au vendeur parce qu’ils présentaient un problème, ou simplement parce que l’acheteur avait changé d’avis. De gros lots de mobiles sont également achetés à des assureurs ou à des entreprises qui se débarrassent d’un modèle qu’ils ont remplacé.

D’autres sont collectés par les opérateurs français ou étrangers qui rachètent l’ancien mobile de leurs clients. Dans ce contexte, il faut faire attention aux mobiles originaires de pays hors de l’Union européenne: ils peuvent en effet souffrir de problèmes de compatibilité avec les réseaux téléphoniques français. Les reconditionneurs les moins expérimentés peuvent s’y laisser piéger.

La boîte et les accessoires sont-ils fournis?

La boîte d’origine du smartphone est très rarement fournie, mais les accessoires les plus importants – écouteurs, chargeur et câble – le sont souvent, dans une version de qualité inférieure à celle de l’original.

En la matière, la boutique de reconditionnement officielle d’Apple fait figure d’exception: elle fournit des iPhone dans leur boîte originelle, fort difficiles à distinguer des produits neufs, avec leurs accessoires Apple et leur batterie toute neuve. C’est la seule boutique que nous recommanderions pour un cadeau. Les tarifs de ce portail officiel de la firme à la pomme sont facilement 20 % plus élevés que ceux de la concurrence, mais ils demeurent 10 % à 20 % inférieurs à ceux du neuf.

La batterie est-elle en bon état?

C’est loin d’être toujours le cas, et c’est le principal problème des smartphones reconditionnés. Les batteries s’usent avec l’âge: elles perdent environ 10 % de leur capacité chaque année. Dans un comparatif de mobiles reconditionnés paru en 2019, le magazine Que Choisir a constaté que leur batterie avait, dans certains cas, faibli de 20 % à 40 %. Or le remplacement de cette pièce coûte en moyenne une soixantaine d’euros.

Beaucoup de reconditionneurs traitent le problème des batteries avec une certaine légèreté, n’informant pas le consommateur sur l’état de ce composant essentiel. Mieux vaut se tourner vers un marchand qui indique clairement que la batterie a été contrôlée, et garantit que sa capacité était d’au moins 80 % de l’originale, sans quoi il l’a remplacée à neuf, comme l’annoncent des sites comme Smaaart, Yes-Yes, Certideal, Cadoz, ou SoRenewed.

Les tests de Que Choisir laissent hélas craindre que beaucoup de reconditionneurs ne respectent pas leurs engagements à cet égard.

Est-ce vraiment un achat écologique?

C’est très probable. Des études financées par les reconditionneurs Smaaart et Recommerce arguent que le bilan carbone de la fabrication d’un smartphone neuf est quatre à cinq fois supérieur au reconditionnement d’un mobile usagé, tout comme sa consommation en matières premières.

Mais la question d’une généralisation d’un tel système de remise sur le marché demeure. À première vue, cela n’est pas impossible: il y aurait une trentaine de millions de smartphones fonctionnels qui dorment dans nos tiroirs selon une étude du cabinet OpinionWay, un trésor qui grandit chaque année. Mais le cabinet Kantar précise que les Français gardent souvent intentionnellement leur mobile pour s’en servir en cas de pépin, ou par crainte que leurs données soient volées. Puiser dans ce vivier coûte de plus en plus cher aux reconditionneurs.

Quel reconditionneur choisir?

Avec toutes ces informations récoltées, voici nos conseils.

Si vous recherchez le meilleur prix et le choix le plus vaste pour trouver votre smartphone reconditionné, et si vous êtes prêt à prendre un risque mesuré, rendez-vous sur une place de marché virtuelle – en évitant soigneusement Darty et Amazon qui manquent cruellement de professionnalisme.

Backmarket est un service bien plus clair et complet, qui contrôle plus étroitement les marchands présents dans ses rayons virtuels, vérifiant leur capacité à s’exprimer en français, mesurant le temps de réaction de leur SAV, contrôlant la gratuité du transport des produits en panne, le taux de satisfaction des clients, etc. Néanmoins, cette plate-forme abrite énormément de marchands – plus d’un millier – et la plupart de ceux-ci sont basés à l’étranger. C’est un choix moins sûr, moins écologique, et moins citoyen que ceux que nous détaillons plus bas.

Si tu souhaites faire l’achat le plus écologique possible, nous te recommandons Smaaart, qui est probablement le reconditionneur français qui fonctionne avec le circuit le plus court: la plupart des mobiles collectés proviennent des opérateurs français, ils sont remis en état dans une usine de l’Hexagone, et repartent vers des consommateurs français. Attention, tous les produits ne sont pas en stock et les prix sont dans la fourchette haute.

Pour éviter les problèmes de batterie usée, préférez Certideal, qui offre la possibilité de changer à neuf la batterie du mobile que vous choisissez pour 25 euros. Cette entreprise déclare reconditionner ses produits en France mais s’approvisionne en téléphones à l’étranger. Ses tarifs sont dans la fourchette basse pour les iPhone, dans la fourchette haute pour les Samsung. On ira plutôt chez Cadaoz pour les mobiles de la marque sud-coréenne, une entreprise qui déclare reconditionner en France mais n’offre hélas pas la possibilité d’opter pour une batterie neuve.

Source: Le Monde